NOUVELLE EDITO DU JOURNAL L'ELECTRON LIBRE SEPTEMBRE 2007
APRES LE LEURRE DU TRAVAILLER PLUS
POUR GAGNER PLUS, Sarkozy VEUT
S’ATTAQUER EN FAIT A LA RETRAITE A 60 ANS
Les français n’en démordent pas, malgré les campagnes incessantes et malsaines visant à les convaincre que la retraite à 60 ans est désormais un luxe, au travers de la campagne sur les régimes spéciaux de retraite, 80% d’entre eux déclarent pourtant vouloir partir à cet âge. Depuis 15 ans c’est une régression : en 2003 la réforme Fillon a été imposée. Elle faisait suite aux lois et décrets Balladur-Veil de 1993 et à la tentative, mise en échec par les luttes sociales du plan Juppé de 1995, à cette époque les salariés du public ont défendu les intérêts de l’ensemble des salariés public/privé, il ne faut pas l’oublier…
Ces mesures ont eu essentiellement deux conséquences :
L’allongement de la durée de cotisation (40 ans et à terme 42 ans au lieu de 37.5 ans) ;
La baisse du pouvoir d’achat par l’indexation des retraites sur les prix au lieu des salaires, et l’augmentation des prélèvements (CSG).
La possibilité de partir à 60 ans à taux plein est ainsi restreinte et le taux de remplacement du salaire par la pension servie, a diminué.
L’attaque en vérité au travers de la remise en cause des régimes spéciaux a pour but essentiel de faire valider par l’opinion publique le recul de l’âge de la retraite à 65 ans, voire 67 ans, en 2008…
En réalité les salariés relevant de ces régimes représentent aujourd’hui 4.6% de l’ensemble des retraités, et n’en représenteraient plus que 1.6% en 2025…
Ces attaques s’amplifient à un moment ou les privatisations et les démantèlements des services publics sont à l’ordre du jour. La rentabilité financière est sensée devenir la norme pour satisfaire l’appétit des actionnaires au détriment des usagers et des salariés…
Les régimes spéciaux de retraites (salariés de la SNCF, RATP, EDF-GDF) se retrouvent de ce fait confrontés à un véritable tir de barrage…
Jean-Louis Debré à l’époque président UMP de l’assemblée nationale pose une question intéressante à François Fillon : « Pourquoi lorsqu’il était ministre, n’a-t-il pas fait une réforme des régimes spéciaux ? » La réponse est simple : « Il fallait diviser le salariat pour pouvoir l’affronter sur un sujet aussi sensible que les retraites, digne d’Horace et les Curiaces, Horace choisissait d’attaquer l’un après l’autre chacun des trois Curiaces : le secteur privé, la fonction publique, les régimes spéciaux…
Ce discours très libéral est conçu pour entretenir la confusion dans la tête des salariés (qui paie quoi ?), donner l’illusion que l’alignement des uns (par le bas) serait de nature à sauver le système des autres, le tout sur fond d’échec de la réforme Fillon de 2003 : le déficit de la branche vieillesse de la Sécu est estimé à 2.5 Milliards d’euros pour 2006, contre 1.9 Milliard en 2005, avec d’autres reculs sociaux en 2008…
En tentant d’instaurer une dualité public/privé, le patronat et ses soutiens politiques s’attachent à diviser les salariés, rendant plus difficile la juste appréciation des convergences d’intérêts dans les luttes, et tentent d’inscrire dans le marbre leur vérité : l’équité ne pourrait s’entendre que sous l’angle de la « réduction des droits pour tous » !
Il faut donc dès à présent que les salariés se fassent entendre, afin de mettre à plat sur la table, et dans le débat, l’ensemble des régimes de retraite : par exemple les « retraites chapeaux », elles sont financées à grands frais par les entreprises et permettent à bien des dirigeants de bénéficier d’une retraite approchant souvent de très près leur salaire d’activité. Ce sont autant de sommes qui sont détournées de l’augmentation des cotisations retraites patronales, qui nuisent à l’équilibre des régimes de retraite des salariés du secteur privé. En moyenne les ténors du CAC 40 touchent entre 15 & 30% de leur dernier salaire qui se situe entre 1 et 3 Millions d’euros par an. Quelques exemples : D.Bernard (ancien Pdg de Carrefour) touchera 38 Millions d’euros (sous certaines conditions) dont 29 Millions d’euros de « retraite chapeau ». B.Potier (actuel Pdg d’Air Liquid) a négocié un chèque de 3 Millions d’euros lorsque l’heure de sa retraite sera venue. Le pompon A.Zacharias (De Vinci) : il touchera en retraite 50% de son salaire soit 2.1 Millions d’euros par an ???
Ensuite les transferts entre régimes de retraite, ce qu’on appelle la « compensation », ils se font au détriment des régimes des salariés, et au profit des régimes non-salariés (agriculteurs, professions indépendantes, commerçants, professions libérales…), en quoi est-ce acceptable alors que ces professions paient des cotisations nettement inférieures à celles des salariés (cotisations salariés + employeurs), et ont toujours refusé un alignement de leurs cotisations sur celles des salariés ? L’équité serait plutôt d’égaliser les niveaux de cotisations des professions listées ci-dessus, et de supprimer les régimes spéciaux de retraite exorbitants des Pdg…
Alors pourquoi tant de bruit pour si peu ?
Parce que la droite veut briser les reins de ceux qui ont été le fer de lance des mobilisations de salariés en 1995, et en 2006…
Pourtant il n’est pas inutile de rappeler ici (ce que se garde bien de faire Fillon et le Medef) que ce mode de calcul de retraite des régimes spéciaux s’appuie sur un règlement européen de 1969, et qui s’applique de fait à l’ensemble des Etats Membres…
En refusant de mettre en débat la question du financement de tous les régimes et de répondre à la question : « quelle part de richesses nationales voulons-nous consacrer au financement des retraites », les réformes de 1993 & 2003 n’ont rien réglé…Et la réponse consistant à poursuivre au nom d’une hypothétique baisse du chômage la politique d’exonération de cotisations patronales (19.8 Milliards d’euros en 2005 contre 3 Milliards en 1993, soit + 600% en 12 ans) ou (3 Milliards d’euros de pertes en 2005 par la sécurité sociale liées à l’exonération de cotisations sociales des stocks-options), tourne complètement le dos à l’amélioration du système de retraites par répartition, contrairement à une des propositions phares de la Cgt qui est d’élargir l’assiette des cotisations aux revenus boursiers…
Car en filigrane des propos accusateurs à l’encontre du régime spécial des cheminots par exemple, qui tendent à les opposer avec les salariés du privé, les cheminots qui comme seul « petit avantage partent en retraite avec 37.5 années de cotisations, contre 40 années de cotisations pour les salariés du privé », alors qu’au niveau de la rémunération des pensions de retraite des cheminots, elles ne sont pas plus élevées, loin de là que celles du privé !
La droite et le medef se moquent donc des régimes spéciaux, c’est un nouveau leurre afin de faire avaliser à l’ensemble des salariés, les nouveaux coups durs qui seront portés au régime de retraite, afin de positionner pour 2008 l’âge légale de la retraite à 65 ans, voire 67 ans, voilà la réalité, à nous tous de ne pas tomber dans l’opposition entre salariés du public et du privé, mais au contraire en tissant des solidarités actives, pour faire reculer le gouvernement Sarkozy, pour le maintien de la retraite à 60 ans avec 37.5 annuités, et à 55 ans pour les travaux pénibles…/…
Sylvain Marsaud